13 déc. 2019

La dictature des thermiciens

   Au cours de cette année, j'ai perdu des chantiers bêtement à cause du label RGE (Réservés aux Grosses Entreprises). N'avais je pas la compétence pour les réaliser ? Assurément, mais le système étant ce qu'il est, il y a tout le temps un tas d'intermédiaires pour venir plus ou moins parasiter et gratter sur le bizness.

  Bref, cette entrée en matière est assez brutale et racoleuse, avec ce titre provocateur. Je viens de passer cette formation RGE, et dans l'attente de mes résultats du qcm, et dans l'attente, de la constitution d'un monstrueux dossier pour parvenir à cette appellation, accompagnée bien évidemment, de quelques chèques, je devrais peut être fermer ma gueule...

Bah non, parce qu'ils vont me casser les couilles tout au long de ma carrière, pour si pour ça, en fonction de la pluie et du beau temps de la personne qui viendra prendre son gros chèque pour vous auditer. Or, à l'avenir, si tous les chantiers sont conditionnés par cette appellation contraignante sur le plan administratif et pécuniaire, on court le risque d'avoir un organisme extérieur décidé de la vie ou de la mort de telle ou telle entreprise. On n'est qu'au début... mais la dictature approche. 

Ensuite et surtout, pourquoi Réservés aux Grosses Entreprises, parce qu'un petit artisan seul ou avec deux trois salariés n'est qu'un pellet sur l'échiquier du bâtiment. Or, dans une grosse entreprise qui emploie 3/4 d'intérimaires et 1/4 de salariés, s'il n'y a qu'une personne RGE dans tout son effectif de 100, 500 ou 1000 personnes, alors tous le sont. Et s'il y a un problème, est ce qu'ils vont retirer l’appellation et prendre le risque de mettre tout ce monde au chômage? bah non.
Et toi le "pellet", tu paies tout rubis sur ongle, tu mettra le couvert et le tapis rouge, mais du jour au lendemain, tu recevras ta lettre "vous ne faites plus parti de nos effectifs"... Si tel est le schéma à venir, on doit être rémunérer parce que faisant partie de l'appellation RGE et il faudrait même une couverture sociale patronale pour celles et ceux qui font faillites suite à la perte de cette appellation.

Vous me direz, mais s'ils font du sale boulot, ce n'est que justice. N'oubliez pas à quel point le poids de cette appellation est contraignant pour une petite entreprise comparer à une grosse entreprise qui ne sera pas ou peu inquiétée en cas de non conformité. Avant même de parler boulot, il y a injustice dans la forme et l'application de ce procédé de contrôle des entreprises.

C'est comme les radars embarqués dans les voitures banalisées, il y a une mouvance dans ce siècle qui souhaite mettre toute l'activité sous contrôle en considérant le libre arbitre comme présumé coupable. C'est une forme de condescendance, probablement lié au vieillissement de la population et à son apparente rigidité morale.  Mais bon, faut faire avec...

   Maintenant, parlons du RGE Reconnu Garant de l'Environnement. Ça commence par un constat qu'il n'est pas difficile à comprendre, nos ressources ne sont pas inépuisables et l'activité humaine "est à l'origine ou contribue fortement "au réchauffement climatique. Ce constat inquiétant nous oblige à agir, donc à améliorer notre impact environnemental sur la planète.
Des moyens financiers issus de nos impôts sont donc alloués à l'amélioration de l'habitat collectif et particulier. Notez qu'il y a peu d'année, l'essentiel de l'argent faramineux dépensé par l'Etat pour les ENR allait à l'électricité...
Bref, on est aujourd'hui dans un cadre où l'amélioration thermique de l'habitat doit réduire notre impact carbone sur la planète. Concrètement, cela se traduit par une meilleure isolation, de bons rendements pour la production d'énergie et une préférence pour un circuit court des matériaux et de l'énergie. En France, on a 32 millions de logements avec une conso moyenne de 240 kWh/m2. L'objectif affiché est d'obtenir dans le neuf une consommation moyenne de 50 kWh/m2.
Conclusion : l'objectif est de diviser la consommation des logements neufs par 5. C'est tout a fait louable. La RT 2012 devient la norme dans le neuf et s'applique à toute nouvelle construction. Cela implique un cahier des charges très stricte car pour arriver à obtenir des logements avec ce niveau de performance, le bâtiment doit être pensé dans son ensemble, c'est le rôle du maître d'oeuvre, de l'architecte, lesquels s'appuient sur le thermicien pour être en conformité.
   Tout ça s'est très bien, je trouve l'objectif un peu ambitieux mais bon, ça part d'une bonne intention. Pour moi, à mon petit niveau, le plombier chauffagiste, cela m'oblige à poser du matériel avec d'excellents rendements, à optimiser le dimensionnement et la régulation et à soigner la pose vis à vis des pertes thermiques. A y regarder de prêt, il n'y a rien de vraiment nouveau dans mon métier, c'est davantage le matériel proposé par les fournisseurs qui doit se mettre à la page pour convenir à mes obligations de chantier.
Concrètement, quel est l'impact sur le coût de la construction ?
L'indice INSEE du coût de la construction montre clairement une augmentation de celui ci sur les 5 dernières années avec une accélération ses derniers trimestres.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/4175183
L'effort exigé (avec des objectifs à venir encore plus ambitieux), la complexité et le coût du matériel posé (frais de maintenance) en production d'énergie, la division dans un même métier que crée un ensemble de qualif (gaz, bois, pac, etc.) dans l'artisanat, me semble présager, à l'instar des hybrides dans l'automobile  des complications à venir sur le marché de la construction. Vous y ajoutez la hausse inéluctable du pétrole et du crédit, l'avenir va être moins évident.

Dernière donnée, en ce mois de janvier de cette nouvelle année 2020, les chaudières à haut rendement ne feraient plus partie du dispositif d'aide de l'Etat... Plusieurs articles semblent l'affirmer. C'est curieux mais bon. Donc, j'ai passé la formation un peu pour rien, sinon trois jours de boulot en pleine saison de perdu. Enfin, j'ai appris des choses, et peut être que je vais monter le dossier... on sait jamais dans ce monde de girouettes.
Et aujourd'hui, le 17 janvier, je retrouve de nouveau les chaudières condensation dans le dispositif d'aide... C'est curieux oui, pendant deux semaines j'ai lu des articles qui dénigraient la chaudière gaz et l'utilisation du gaz en général, pas mal de conneries sur les entretiens, etc. On aurait cru à une campagne de "diffamation"à l'encontre du lobby du gaz". Après réflexion, je pense avoir pleins de cookies sur mon téléphone qui m'apportent tout un tas d'informations en rapport avec mon historique de recherche qui est très lié à mon métier. Du coup, je reçois aussi un tas de conneries. Il me semble important de comprendre ce que cela implique. Mon impression n'est pas le fait d'une mouvance médiatique partagée par une grande partie de la population, non, c'est mon téléphone qui a individualisé mes recherches, mes mots clés les plus souvent employés, dés lors, il personnalise ma mouvance de lecture dans cet effet collectif des médias d'informations proposés sur smartphone. En conclusion,  on croit que le miroir collectif est ainsi fait mais la réalité peut être tout autre, il y a duperie dans ce concept. Bref, passons cet aparté technique de la communication pour revenir à nos chaudières.
   Il est 3h47, en ce jeudi 30 janvier 2020, et... j'ai toujours aucune certitude sur les aides d'Etat alloués au renouvellement de chaudières. Comment jouer mon rôle de conseil? Bon...il est donc nécessaire de revenir à une méthode de recherche et de tri de l'information d'une manière universitaire:
le texte de loi du 15 janvier   (texte du code des impôts)
Dans le texte de loi, les chaudières condensation sont exclues, c'est essentiellement le bois et la biomasse qui sont concernés par le crédit d'impôt.
Donc, il reste pour la clientèle
1) le dispositif des CEE Chèques d'Economies d'Energie versés par les fournisseurs d'énergie
2) La prime coup de pouce versée également par les fournisseurs d'énergie, environ 600e
A priori, dans un cas comme dans l'autre il faut être RGE.
Source gouvernemental sur les CEE https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr

Il est 3h26 en cette nuit du samedi 28 juin, le sommeil n'est pas venu m'accompagné. Et en tombant sur cette lecture, j'ai bondit de ma chaise, n'ayant toujours pas l'appellation RGE... J'attends, attendre encore et toujours. J'attends surtout une partie du remboursement de cette formation, comme expliqué par le syndicat du bâtiment. Or, à ce jour, l'argent a bien été encaissé, la formation en décembre passée donc des jours de boulots perdus en pleine saison de chauffe, et, je n'ai toujours pas été remboursé malgré plusieurs mails de relance. A priori, je serais le seul à ne pas l'avoir été...
Plus ça va, plus je me pose des questions sur l'intérêt d'adhérer à un syndicat du bâtiment. Même le qualigaz, que j'avais déjà passé en 2011 et repassé l'année dernière, au bout de 2 ou 3 certificats, avec la formation passée, on a une ristourne sur le prix du certif... j'en suis au cinquième, et... toujours tarif plein pot... Ça m'agace tout ça. 
Je trouve que le RGE basé dans le 16ième arrondissement de Paris n'est qu'une strate administrative supplémentaire. Et moi, je ne demande qu'une seule certification... Tout ça quand vous avez déjà vos diplômes et vos années d'expériences... C'est simple, les syndicats qui coopèrent avec ce système qui favorise les grands groupes et grosses entreprises me désolent...

En octobre 2020, je suis enfin RGE, donc faisant partie de cette grande famille qui érige les couleurs d'un organisme de contrôle comme porte drapeau d'un travail bien fait. Bon, on est le 7 novembre, en pleine saison de chauffe, je viens de toper une chaudière d'urgence, voir peut être deux, pour l'une la qualification  RGE n'a aucune incidence et pour l'autre, un peu, encore qu'il ne me semble pas que cela soit ça qui fera la différence. Bon, cela ne fait qu'un mois, mais je ne vois toujours pas, moi non plus,  la différence. D'ailleurs, j'ai eu le RGE, mais en provisoire, sur 2 ans, car ils n'y avaient pas assez de photos dans mon dossier... Je m'attendais à ce "Mais" car à 42 ans, on a l'expérience, on sait globalement comment réagit une instance de décision excentré vis à vis de steeve Lailali. Et puis et surtout, plus terre à terre, je n'ai pas que ça à faire chez le client, des photos et remplir des papiers administratifs.  

Fin janvier 2021, j'apprend que mon certificat RGE à changer?! je viens de l'avoir...en plus, l'Etat donne désormais la possibilité de faire 3 chantiers RGE pour quelqu'un qui n'est pas RGE... 
Donc, j'ai payé 1000e un organisme de certification qui s'est d'office octroyé une place au dessus des organismes diplômant. Sachant que je n'ai pas été remboursé d'une euro via le syndicat pour, on va dire, "dommage collatéraux au covid...".
Mais j'en oublie l'essentiel, ma certification à changer. Désormais, en plus des chaudières gaz fioul, je peux poser des radiateurs électriques?! Le truc qui m'intéresse pas, même si j'ai mon cap d'électricien. Ce qui m'énerve, il m'a fallut monter tout un dossier pour le remplacement des chaudières et là, pour de l'électrique...rien, même pas demandé...
C'est n'importe quoi. Alors pourquoi? Parce que le choix en France s'est porté sur l'électricité et le nucléaire qui va nous coûter très très cher. Donc, l'Etat me semble s'investir d'une mission, faire en sorte qu'un maximum de français paie la facture d'électricité nationale. 

Début d'écriture le 14/12/2019
 mis à jour le 18/02/2021